Ateliers « LA RETRAITE, UNE NOUVELLE VIE ? »

Ateliers entre retraités

Article paru dans le journal METAMORPHOSE de juillet 2017

J’ai pris une pré-retraite et après 2 ans, est venu le temps des questionnements : Quelle était mon identité ? Quel allait être le restant de ma vie ? Quels étaient mes différents projets de vie et comment les vivre harmonieusement ? Quel était mon rythme de vie et me convenait-il vraiment ? Que vivre avec quels amis ? Comment aller vers la vieillesse et la mort sans regret en accueillant mes peurs sans que celles-ci débordent ? … et bien d’autres encore… Et j’ai vu qu’autour de moi, bon nombre de retraités se posaient les mêmes questions et beaucoup d’autres encore …

Mon projet

J’ai alors décidé de proposer des ateliers entre retraités : mon envie était d’offrir un cadre sécurisant, où chaque participant puisse trouver quelques apports théoriques, parler et être entendu, être reconnu avec ses limites et ses ressources, se responsabiliser et s’assumer ; un lieu où chacun aurait sa place, se sentirait  important, où existeraient la confiance et la communication.

Je voulais m’adresser à l’état du moi Adulte, le questionner et faire réfléchir, tout en laissant émerger sentiments et souvenirs dans l’état du moi Enfant, les valeurs, règles et interdits venant de l’état du moi Parent. Mon idée était d’avoir un thème pour chaque atelier en présentant sur un concept A,T afin que les participants puissent s’appuyer sur un schéma pour s’exprimer, partager et que je puisse les soutenir dans la compréhension de certains de leurs sentiments, pensées ou comportements.

Je me suis également référée à deux livres sur la retraite : « La retraite pas si simple » de Sophie MUFFANG[1] et « Vivre la retraite en toute sérénité, un temps pour la rencontre de soi » de Valois ROBICHAUD[2].

C’est la conduite de cette expérience – que j’ai menée lors de 6 ateliers de deux heures avec quatre femmes âgées de 60 à 80 ans, mariées, divorcées ou veuves, – que je partagerai avec vous dans les lignes qui suivent.

Ma place dans le groupe

Dans ce contexte, mon rôle de leader était de laisser la place aux participants, favoriser leurs échanges sur le partage de leurs expériences et leurs vécus, leur offrir des ressources par l’analyse transactionnelle et partager nos approches de la spiritualité si les participants le désiraient. Je me suis référée aux étapes du processus d’un groupe[3]  et à l’imago de groupe[4]. J’ai proposé 6 ateliers de deux heures chacun, à intervalle d’une ou deux semaines, avec un maximum de 6 participants.

Chronique des 6 ateliers

Premier atelier : accueil, cadre et projet, entrée dans le sujet

J’accueille les participantes en me présentant, disant quelques mots de l’analyse transactionnelle et de mon parcours spirituel et en donnant le cadre (Confidentialité, parler en « JE », respect mutuel, écoute bienveillante et participation).  Je précise que ces ateliers ne sont ni thérapeutiques ni éducatifs, mais un groupe de conseil où nous travaillerons à partir de ce que chacune est, vit, fait et pense, ce qu’elles peuvent changer et comment le faire. J’évoque le fait que nous aborderons peut-être des sujets douloureux  qui pourraient faire émerger des vulnérabilités et que les émotions y seront bienvenues ; si celles-ci débordent entre deux ateliers, j’offre une possibilité de me téléphoner ou de nous rencontrer.

Puis chacune se présente en disant avec quoi elle aimerait repartir à la fin des 6 ateliers. Toutes ont exprimé que les questions du flyer[5] correspondaient à leurs questions et qu’elles avaient envie de commencer à y répondre. Elles évoquent d’autres objectifs tels que : diminuer mes peurs face à la vieillesse, trouver ma place dans mon couple, trouver un sens à ma vie, recréer des liens…

Je demande ensuite d’écrire au milieu d’une page le mot RETRAITE, et de laisser venir en arborescence tous les mots qui leur passent par la tête. Nous partageons quelques mots et chacune a observé quel était le rapport entre ses mots « positifs » et les mots « négatifs ».

J’amène alors le concept des 3 soifs en laissant la place à toutes d’évoquer ce que les mots stimulation, reconnaissance et structure soulèvent chez elle : l’insuffisance ou le surplus de stimulations, le besoin de reconnaissance de la part de leurs enfants, leur besoin de structure insatisfait parce que trop vague ou au contraire trop strict. Lors des témoignages, les autres interviennent spontanément ou je leur demande ce qu’il en est pour elle.

Vers la fin de la séance, j’ai proposé de raconter une histoire ou de conduire une méditation, elles ont toutes choisi la méditation.

Deuxième atelier : Les états du moi, qui suis-je ? quelles sont mes personnes de référence pour aller vers une vieillesse bienfaisante

Je présente les trois états du moi et chacune s’exprime sur ses besoins et ses envies (son Enfant), ses valeurs et celles héritées de ses parents (son Parent) en réfléchissant sur ce qu’elle veut garder ou refuser.

Je distribue ensuite un questionnaire sur une ou deux personnes pouvant être un modèle pour leur vieillesse, leur demandant de préciser en quoi, si elles voient une part d’elle qui pourrait aller dans le sens qu’elles admirent et une part d’elle qui au contraire pourrait les bloquer.

Les modèles présentés décrivent des personnes très actives, curieuses du monde et de ses nouveautés, des personnes qui dégagent beaucoup d’amour et de bienveillance et des personnes qui vivent leur vieillesse et l’approche de leur mort avec sérénité. Concernant leurs obstacles, une des participantes peut discerner le risque de se mettre la barre trop haut et de se décourager ; une personne évoque son mécontentement devant le tout informatique et réalise à quel point son Enfant rebelle la pousse à mobiliser toute son énergie contre. Elles évoquent leurs peurs du home, de la décrépitude, de la mort. Chacune parle de sa manière de le vivre, d’y apporter des pistes ou non. Une personne raconte qu’elle a amené à son mari résidant dans un home des branches pleines de cœurs rouges en carton le jour de la Saint-Valentin, en nous parlant de sa peur d’être prise pour une folle : une participante lui dit, les larmes aux yeux, comme elle trouve ce geste magnifique. Nous témoignons aussi à la personne la plus âgée du groupe combien nous admirons son énergie : qu’elle vienne à ces ateliers, rencontre des amies à un groupe de réflexion sur la spiritualité et se rende à des cours du 3ème âge.

Chacune commence à se raconter de plus en plus, à échanger des informations, à suggérer des ressources et à élaborer des projets; le cheminement du groupe continue. Je sens comment l’imago provisoire se construit pour aller vers l’imago adaptée: chacune montre sa façon personnelle de penser et de sentir, donne son avis et s’investit.

Troisième atelier : les signes de reconnaissance et leur économie, aller vers l’intimité

Nous apprenons que le mari d’une participante vient de décéder. Nous prenons un moment pour partager ce que nous ressentons.

Pour permettre davantage d’intimité et la prise de responsabilité, j’introduis une nouvelle règle, précisant qu’il est de la responsabilité de chacune d’exprimer si elle ressent de l’énervement face à une autre participante, si elle a l’impression que quelqu’un prend beaucoup de place ou qu’elle-même en a peu et de me dire si ma manière de faire ou de dire quelque chose lui déplait; cela permet de passer à la quatrième étape du cheminement du groupe, sur la manière de faire et ainsi d’avancer vers l’imago opérative.

Plusieurs partagent leur cheminement : elles commencent de poser plus tranquillement leurs demandes et leurs limites et ont pris des contacts. Pour donner des pistes sur la manière de dire, je présente les signes de reconnaissance et leur économie. Nous nous arrêtons longuement sur comment se donner des signes de reconnaissance, afin d’augmenter l’estime de soi. Nous partageons des pistes: écrire ce que nous aimons de nous, se remémorer avant de s’endormir ce qui a été positif et de quoi nous pouvons nous féliciter, faire un cahier pour se remercier… Nous regardons et sentons comment nous prenons les signes positifs que l’on reçoit. Elles voient leurs propres ressources et à la fin de la séance, je leur demande de choisir un petit pas que chacune selon son envie s’engage à faire lors des deux prochaines semaines.

Je leur propose de réfléchir pour le prochain atelier à partir d’une feuille guide demandant : ce que je veux privilégier, mes inquiétudes pour le faire, les moyens d’y remédier, mes croyances négatives sur moi, les autres ou le monde, les croyances positives à installer, ce qui me réjouit dans ce changement futur, mes options pour soutenir mes ressources et quand et comment je vais commencer.

A la fin de la séance, nous avons toutes écrit une carte à la personne dont le mari venait de mourir.

Quatrième atelier : décisions de changements, mes relations et les triangles dramatique et des gagnants

Nous accueillons la personne dont le mari est décédé. Elle nous raconte le très bel enterrement qu’elle a préparé ; nous lui disons notre émotion puis chacune partage ses expériences face à la mort : comment l’une d’elle a pu se coucher dans les bras de sa mère alors que celle-ci allait bientôt mourir autant pour lui témoigner son affection que pour s’en remplir encore une fois, une autre a raconté qu’elle est allée dans une entreprise de pompes funèbres pour apprendre à côtoyer la mort, laver et préparer un cadavre, l’autre a parlé de sa colère après la mort de son mari quand elle a réalisé comme elle avait réduit sa vie en acceptant toutes les demandes de celui-ci, ne voyant plus ses amies et allant jusqu’à se blesser.

Ensuite, chacune partage à partir de la feuille de décisions et changements. L’idée d’aller vers des choses qui leur font envie, avec des croyances positives, en discernant leurs ressources leur a beaucoup parlé : elles prennent conscience de leur responsabilité, de décisions possibles. Je mets l’accent sur l’acceptation des étapes à franchir, de commencer le chemin, afin de ne pas se critiquer.

J’amène une feuille à remplir sur leurs relations ; premier cercle, les relations sous mon toit, puis les relations privilégiées, les relations courantes et enfin les relations superficielles avec un triangle dans un quart du cercle pour les relations problématiques. Elles observent les résultats et les commentent

Je présente le triangle dramatique en demandant à chacune de sentir quelle est sa position principale. Puis je montre le triangle des gagnants de Choy[6]. Chacune s’exprime sur une relation qui lui pose problème et nous regardons ensemble si elle a envie d’y remédier et comment le faire à partir du triangle des gagnants.

Cinquième atelier : Les sentiments

Nous reprenons les triangles et la feuille « mes relations » ; chacune évoque ce qu’elle a envie de donner, demander ou refuser à telle personne et de quels signes de reconnaissance elle a besoin. Leurs sentiments apparaissent et nous abordons les quatre sentiments de base avec leurs significations, leurs besoins, les demandes et l’énergie qui sous-tend chacun.

Deux participantes ne se sont pas retrouvées pour venir ensemble à l’atelier. Chacune a exprimé son malaise au début et je leur demande leur accord pour parler de ce sujet à l’aide du triangle des gagnants et de ce que nous venons de voir des sentiments. Les deux acquiescent, expriment ce qu’elles ressentent et disent dans quelle position elles se situent : les deux pensent être au départ dans la position de Persécuteur, elles expriment leurs sentiments de peur, de colère et de tristesse et nous regardons ensemble quels sont leurs besoins. Je propose qu’elles s’excusent également à l’intérieur d’elle-même avec les 4 paroles qui guérissent de Ho’oponopono : « Je suis désolée de … », « je me pardonne de … », « je me remercie » et « je t’aime ». Les autres participantes ayant aidé à compléter les phrases,  chacune a alors trouvé un pardon qu’elle avait besoin de s’adresser.

Sixième atelier : donner un sens à sa vie, les 12 permissions et ses projets

Chaque participante partage le sens qu’elle donne maintenant à sa vie et si quelque chose a évolué depuis le début des ateliers. L’échange a été riche et très émouvant. Durant ce moment, je les rends attentives à l’énergie qu’elles ont, où elles la ressentent dans leur corps et quelle énergie elles veulent augmenter.

Celle qui vient d’enterrer son mari nous raconte sa joie d’avoir revu et partagé des moments forts avec deux amies après plus de dix ans, elle peut voir une suite à sa vie après le décès de son conjoint et vivre d’autres sentiments.

Je demande à chacune de penser à une ou deux réussites dont elles sont les plus fières, de voir ce qu’elles ont engagé pour réussir et de le partager. Puis nous observons des dessins sur les 12 permissions, dont celle de réussir, et chacune écrit celles qu’elle souhaite développer.

Nous reprenons les objectifs de départ de chacune et voyons ce qu’elles veulent encore développer: parler avec ses enfants de leur relation et des besoins de chacun, contacter des amis, aller au cinéma ou aux expositions, aller se promener, méditer, observer, laisser les autres nous donner et goûter au don, poser ses limites, ses demandes, sentir son énergie, accueillir les sentiments douloureux, percevoir le manque puis voir ce qu’on peut faire pour se donner, mais aller toujours plus vers l’amour de soi.

Conclusion

A la fin, chacune dit ce qu’elle a reçu et avec quoi elle repart: de la théorie, mais surtout un lieu où réfléchir, se sentir entendue et reconnue, des pistes pour continuer à évoluer, des liens chaleureux et nourrissants. Elles proposent que nous nous revoyions à la fin de l’été afin que chacune raconte comment elle a vécu la suite de ces ateliers et pour continuer d’apprendre et de réfléchir ensemble et retrouver ces échanges nourrissants.

J’ai moi aussi appris énormément, tant sur ma façon de vivre ma retraite que sur la manière d’animer de tels ateliers : accueillir le vécu, les sentiments, les idées de chacune, leur permettre de se dire, me dire pour soutenir la réflexion et montrer que j’ai aussi des vulnérabilités. Je n’ai pas vieilli, j’ai grandi !

[1] Editions Ellipses, Déclic psy

[2] Editions Chronique sociale, Comprendre les personnes

[3] Gibb et L. P. Bradford, l’ « Etre bien » en groupe : Accueil, appartenance – Qui suis-je ? SOI ; Information, échange – Qui êtes-vous ? RELATION ; Fixation des buts, productivité –  Qu’allons-nous faire ? TACHE ; Problème de contrôle, résolution de l’organisation, Comment allons-nous le faire ? INTIMITE

[4] P. Clarkson : Imago de groupe et les étapes de son évolution AAT 73

L’imago provisoire : Vais-je être accepté, trouver mon compte et m’investir ?

L’imago adaptée : Déterminer ses alliés

L’imago opérative ou opérationnelle : L’équipe peut-elle survivre si elle s’affronte pareillement ?

l’imago secondaire : Les capacités individuelles sont reconnues et utilisées pour aller vers la collaboration.

L’imago clarifiée si clôture ou départ

[5] Voir p. ? mon encart pour ces ateliers

[6] CHOY A., Le triangle du gagnant, A.A.T., 61 : elle parle d’affirmation de soi, souci de l’autre (j’ai remplacé souci par attention) et vulnérabilité.

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